Gras
by thomasdayer
Qu’est-ce qu’on en a ri, à Bogotá, qu’est-ce qu’on a failli s’étouffer, même, au Musée Botero, à contempler ces oeuvres nourries de grosses personnes, de gros animaux, de gros fruits, de gros murs, de gros, de gros, de gros. “J’aimerais beaucoup voir une photo de son épouse”, s’était bidonné Nick avant qu’un gardien nous rappelle que, certes né à Medellin, Fernando Botero vivait aujourd’hui en Allemagne.
Tiens, on tenait notre explication, appuyée d’une bonne dose de saucisses, de salade de pommes de terre et de bière blanche. Mais non: les intitulés des oeuvres ont désamorcé la logique. “Homme colombien”, “Famille colombienne”, “Colombienne”. Diable, où est-il allé chercher ses modèles? Pour dire que ses compatriotes comptent parmi les plus belles femmes de la planète (j’enlèverais le “parmi” si mes amis ne me reprochaient pas de tomber sur les plus belles femmes partout dans le monde), Botero ne leur fait guère honneur.
Au Musée d’Antioquia, devant lequel nombre de ses sculptures trônent, une part de la réponse est dévoilée – reste à définir son degré de conviction. Pour l’artiste, ses personnages ne sont pas “gros”, mais “volumineux”. Ah, volumineux, ils le sont, personne n’en doutait. “Je grossis mes caractères pour leur donner de la sensualité, est encore cité l’artiste. Je ne m’intéresse pas aux personnes grosses par souci des personnes grosses.” User de la déformation pour exalter le volume: voilà ce qui constitue la préoccupation de Botero.
Que le monde se rassure: les Colombiennes et Colombiens exaltent le volume sans pour autant être déformés.