rubans de soi

vers l'ailleurs, d'autres mondes, en soi

Month: mai, 2011

Gras

by thomasdayer

Qu’est-ce qu’on en a ri, à Bogotá, qu’est-ce qu’on a failli s’étouffer, même, au Musée Botero, à contempler ces oeuvres nourries de grosses personnes, de gros animaux, de gros fruits, de gros murs, de gros, de gros, de gros. “J’aimerais beaucoup voir une photo de son épouse”, s’était bidonné Nick avant qu’un gardien nous rappelle que, certes né à Medellin, Fernando Botero vivait aujourd’hui en Allemagne.
Tiens, on tenait notre explication, appuyée d’une bonne dose de saucisses, de salade de pommes de terre et de bière blanche. Mais non: les intitulés des oeuvres ont désamorcé la logique. “Homme colombien”, “Famille colombienne”, “Colombienne”. Diable, où est-il allé chercher ses modèles? Pour dire que ses compatriotes comptent parmi les plus belles femmes de la planète (j’enlèverais le “parmi” si mes amis ne me reprochaient pas de tomber sur les plus belles femmes partout dans le monde), Botero ne leur fait guère honneur.
Au Musée d’Antioquia, devant lequel nombre de ses sculptures trônent, une part de la réponse est dévoilée – reste à définir son degré de conviction. Pour l’artiste, ses personnages ne sont pas “gros”, mais “volumineux”. Ah, volumineux, ils le sont, personne n’en doutait. “Je grossis mes caractères pour leur donner de la sensualité, est encore cité l’artiste. Je ne m’intéresse pas aux personnes grosses par souci des personnes grosses.” User de la déformation pour exalter le volume: voilà ce qui constitue la préoccupation de Botero.
Que le monde se rassure: les Colombiennes et Colombiens exaltent le volume sans pour autant être déformés.

Pays merveilleux

by thomasdayer

Je les entends, à l’autre bout du monde, ou à mi-chemin en tout cas, qui crient, qui chantent, qui trinquent. Je les sens, proches de moi, en moi. Je les sais lancés vers une nuit sans fin, arrosée de joie, de fraternité et de quelques gouttelettes de Johannisberg.
Oh, mes amis, vous savez bien que je ne mâche jamais mes mots lorsqu’il s’agit de critiquer mon pays, cette Suisse que je trouve souvent si frileuse et renfermée. Vous savez bien combien j’aime vivre hors de mon Valais natal, que j’estime trop encastré. Vous savez toutefois bien, aussi, combien j’aime y retourner, combien j’aime le caractère secret mais généreux de ses habitants envers ceux qui, patients, prennent le temps de briser la glace.
Heureux hasard du destin, finalement, que je sois en voyage bien loin de toi, mon beau Valais, pays merveilleux, aujourd’hui que tu te prépares à célébrer l’histoire. Je suis bien loin de toi car j’aime trop le monde, le mouvement, la découverte. La quête de nouveaux horizons, de nouveaux yeux, de nouvelles voix. Et pourtant voilà que je me sens si proche de toi, lié d’amour – oui, d’amour, d’un amour inconditionnel – avec les miens, Valaisans, qu’ils partagent une grillade sur les berges de la Sarine ou jubilent au Yémen, qu’ils klaxonnent sur une autoroute ou braillent sur la Planta.
Lié d’amour avec le Valais, coin de terre précieux, lumineux. Le journaliste sportif fait sien le devoir de tendre vers l’objectivité. L’homme ne peut réprimer les émotions fortes, transcendantes au sport. Car au fond, ce n’est pas le jeu qui brasse les tripes jusqu’ici.
C’est le mythe.
Je compte sur vous: buvez-en plus qu’une pour moi.
Je respire vos vibrations ici et vibre avec vous.

Paint it black

by thomasdayer

Le voyageur de passage à Bogotá ne doit pas manquer ça. La guide nous avait prévenus: le mercredi, le vendredi, et le dimanche à 16h s’opère le changement de la garde présidentielle, devant le palais du premier citoyen colombien.
On s’est donc pointés, aujourd’hui, avec Nick, à l’heure dite, au lieu dit, non sans avoir préalablement visité le Musée  Botéro et le Musée historique de la Police (oui, on a bien bossé).
Bon, sur le coup des 16h, il n’y avait pas grande animation et on s’est sérieusement posé la question de savoir si notre oreille avait flanché (au fait, mon espagnol s’améliore de jour en jour, amigo, no te rias – cela se dit-il ainsi?). Mais un peu plus tard, nos tympans ont décelé, au loin, un air de parade. Ils ne s’y étaient pas trompés.
La fanfare a bien fait les choses en attendant que tournoie le drapeau colombien dans la cour. Une question me taraude cependant l’esprit: pourquoi la chanson “Paint it black”, des Rolling Stones, faisait-elle partie du répertoire? L’air nous a arraché un sourire – et de bonnes pensées.

Nick

by thomasdayer

Nick a 42 ans. Nick voyage depuis cinq ans. Nick, autrefois, travaillait.
Un jour, il a choisi de raccrocher car la passion au quotidien lui manquait.
Nick a acheté une maison, il en a fait son revenu.
“C’est ma retraite”, rit-il.
Nick est Britannique, mais l’est-il encore vraiment?
Nick parle de Shanghaï, de Beijing, de l’Indonésie,
Il évoque avec passion Lima, La Paz et Hanoi,
Le Mekong, Buenos Aires, le monde.
Désormais, il veut voir l’Afrique.
Mais avant cela, Nick va se poser, un peu, à New York.
“Mais quelques mois, hein, pas plus, je n’aime pas ça.”
Il croquera la grande pomme avec sa compagne,
Une compagne?
Comment a-t-il bien pu la rencontrer?
En Inde, forcément.
Où d’autre?

La vérité des sciences sociales

by thomasdayer

À Bogotá, il est un musée incontournable, le Musée de l’Or, el Museo del Oro. Il ne représente qu’une pièce de l’immense puzzle culturel de la capitale colombienne, riche de nombreuses galeries gratuites.
J’avais entendu qu’à 16 heures aujourd’hui débutait une visite guidée en anglais. Arrivé de Monserrate (j’y reviendrai, je dois mettre un peu d’ordre dans mes notes, ceux qui me connaissent bien savent pourtant que je suis quelqu’un de maniaque) à 15h40, le temps d’avaler un casse-croûte, il m’a été demander de patienter.
15h45, 15h50, 15h55, “La visite guidée en anglais débutera dans cinq minutes”, a dit un haut-parleur invisible, d’accord, à 16h le guide est venu me chercher pour une visite qui serait finalement privée.
Au-delà des fantastiques pièces dont regorge l’institution (mais que pourrait en dire mon savoir limité?), l’humour (ou faut-il parler de franchise) dont a fait preuve le guide mérite quelques applaudissements.
Désignant une pièce exposée, il m’a expliqué, le plus sérieusement du monde, qu’il s’agissait d’un faux offert par une personnalité influente de la Banque principale pourvoyeuse de fonds du musée, et dont on attendait le départ pour en effectuer le retrait de la collection.
Puis, au coeur d’une interprétation, il n’a pas hésité à arguer que les anthropologues, de toute façon, écartaient les théories – même démontrées – qui iraient à contre-courant de leurs conclusions. “Mais toutes les sciences sociales font de même, après tout. Qu’avez-vous étudié?” Que pouvais-je répondre? La vérité: “Les sciences sociales.” Il sourit: “Alors, ai-je tort ou raison?” Repensant à mes belles années d’Université, que pouvais-je répondre?
La vérité.

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