Ville fantome
4 août 2009
Le 1er aout, 15 heures. Il est un veritable defi de trouver ame qui vive a Leh, ville fantome. Les stores metalliques des commerces n’ont pas clinque pour s’ouvrir au matin. Les Ladakhis celebrent-ils eux aussi une minuscule nation neutre situee a des milliers de kilometres de la, au coeur de l’Europe?
Quelques chiens errent dans les rues, comme aux plus profondes heures de la nuit. La greve a paralyse toute autre activite humaine – ou presque. La greve? “C’est un sport national ici, se marre un Europeen etabli depuis plusieurs annees dans la region. Si une Bouddhiste se marie avec un Musulman, ils vont faire greve. Ca arrive plusieurs fois par annee.”
En l’occurrence, le motif de la relache ne prete guere a sourire. Il s’agit d’un meurtre. “Un chauffeur de taxi a ete tue par balle il y a deux jours par deux Cachemiris, explique un commercant, lui-meme Cachemiri. C’est pour cette raison que rien n’est ouvert.”
Mais quel interet les negociants ont-ils a se priver d’un jour de travail au plus fort de la haute saison? “Le but est de mettre la pression sur les autorites du Jammu et Cachemire pour qu’elles retrouvent les coupables”, nous dit-on. Le lien demeure difficile a cerner.
Lorsque la totalite des affaires se font entre juin et septembre, il apparait prejudiciable de s’en priver. D’autant plus qu’il ne s’agit pas d’un reel elan de solidarite collective. “En fait, c’est une association qui impose la greve, explique le surveillant d’un café internet. Ceux qui ne la respectent pas sont mis a l’amende. Mais a 17 heures, tout sera a nouveau ouvert.”
Et en attendant, quid pour faire avancer les choses? “J’ai entendu que pas mal de gens s’etaient reunis pour discuter, pour debattre”, raconte une expatriee. Quelques tensions historiques existent entre le Ladakh et le Cachemire.
Bien que cette sombre histoire d’assassinat crapuleux n’ait apparemment pas de justification politique, elle alimente toutes les conversations. Le crime a eu lieu entre Kargil et Lamayuru, sur la route qui mene de Srinagar (au Cachemire) a Leh (au Ladakh).
Le taxi transportait deux Cachemiris et deux autres touristes qui, derobes mais epargnes, ont rapporte les faits a la police. La famille du chauffeur, qui devait se marier cet ete, etait sans nouvelles de lui depuis plusieurs jours. Sale tour du destin.