Paradis
30 juillet 2009
S’il y a un paradis sur terre, c’est le Cachemire,
Un empereur moghol l’avait decrete,
Le frere du commercant tient a s’en faire echo,
Une longue barbe, des yeux sombres,
Non, il ne vient pas de Leh,
Oui, il est Cachemiri.
Namaste? No Namaste!
Julley? No Julley!
Alors, que faut-il dire?
Comment faut-il se saluer?
Hello is ok. Et sinon?
Salaam Alaykum, lache-t-il.
La paix soit sur vous,
De Damas a Leh, combien de kilometres?
Combien de pays?
Combien de frontieres?
Combien de tensions?
Combien de conflits?
Et a la fin, le meme the de bienvenue,
Et le meme Salaam Alaykum,
La paix soit sur vous tous,
La paix soit sur nous tous,
La paix soit sur tous,
Peu importe les dieux.
Allo maman bobo
30 juillet 2009
Amoxil 500, Epilex 500, Valparim 500, Voneran SR 100… et tant et tant d’autres… Cela ne vous dit rien ?
Au ladakhi qui vient faire sa cueillette dans la pharmacie du coin ces noms ne disent pas grand chose non plus. Pourtant a la seule enonciation d’un mal il se voit attribuer des boites rouges, vertes ou bleues. Dilatation des vaisseaux sanguins, anti-epileptique, antibiotique a large spectre… Contre quelques roupees il peut acquerir ces medicaments, donnes uniquement contre ordonnance chez nous.
Vous avez dit “malade” ?
Pourquoi tu remues?
30 juillet 2009
Quelqu’un est-il assez feru de science dans la salle?
Depuis mon arrivee en Inde et les nombreux thes ingurgites, je me demande encore pourquoi le sucre est si peu soluble ici. Il faut se soumettre a des efforts intenses (qui necessitent plusieurs heures d’entrainement) afin de parvenir, a l’aide d’une cuillere, a faire en sorte que le sucre se “fonde” dans le the ou le cafe.
“Pourquoi tu remues?” Cette question, Yves me l’aura posee sans cesse. Elle est pertinente. Ca ne sert presque a rien: ce satane sucre reste au fond! Une mesure pour contrer ses mefaits?
Money, money
30 juillet 2009
A la mi-temps du match, quel que soit le score (j’en entends certains dire que Sion perd 2-0 ou 2-1, mais que patience, il n’y a pas le feu, tout est sous controle), votre vessie menace d’exploser. Vous devez donc vous soumettre au rituel de l’attente en vue d’acceder aux toilettes.
A Leh, ce rituel se transpose aisement. Je suis le seizieme de la colonne. J’attends depuis quinze bonnes minutes. Ca n’avance pas. Mais qu’est-ce qu-ils font, tous?
Enfin, mon eternelle patience ayant ete mise a l’epreuve (sans etre mise a mal, je le precise), je me retrouve dans le trio de tete. Mais celui qui sort de la cabine a triste mine. Diarrhee due a l’altitude ou a un plat mal apprete?
Non, l’ecran affiche un message limpide: “This ATM is temporarily out of order”. Il n’y a que deux bancomats a Leh. Le deuxieme est hors de la ville. Oui, nourrir son porte-monnaie est une lecon de patience ici. Et c’est tant mieux, non?
Stone
30 juillet 2009
Repondant a un besoin sans cesse croissant de main d’oeuvre, les nepalais affluent en masse, l’ete venu, au Ladakh.
Mais ils ont oublie, ils n’etaient pas la, ils ne savent pas ou plus bien. Pourtant un observateur francais, sillonnant depuis dix ans ces hautes routes nous l’assure : Les pierres jetees a Lhassa en 2008 sur des soldats chinois sont bien le fait de tibetains richement payes. “Pure propagande chinoise” retorque le professeur de l’Institut tibetain a Vienne, croise par hasard au monastere de Lamayuru.
Alors, source vivante contre verite academique, partage savemment calcule de la region ou desir d’un “free tibet”, simple renvoi au patrimoine de l’Unesco ou besoin d’entretenir des us et coutumes vivantes ?
L’eclipse
24 juillet 2009
Mercredi matin, je me suis leve tot. Le reveil etait programme a 5h15. Bon, ceux qui me connaissent s’en doutent: j’ai mis un bon moment avant de sortir de la couette. Il devait etre environ 5h45. Le show du siecle devait donc avoir commence.
De gros nuages noirs draguaient toutefois les cimes des montagnes ou lui etait sense se lever. Du moins devinais-je approximativement l’endroit ou il devait apparaitre, dans la mesure ou jusque-la, je n’avais jamais ouvert l’oeil aussi tot que lui.
6h, 6h15, et ce satane ciel qui ne se decouvre pas. Il fait pourtant jour. 6h30, le phenomene doit en etre a son paroxysme, et je n’en vois toujours pas une bribe. Diantre, suis-je maudit, pour une fois que je daigne plaquer mon oreiller si tot?
Et puis, a 6h45, le miracle. Derriere une bande de nuages, il apparait. A l’oeil nu, on ne devine rien. Heureusement, a travers l’objectif de mon appareil photo, on peut clairement le voir: oui, le soleil a rendez-vous avec la lune, il est donc eclipse.
A peine deux minutes plus tard, ce sont toutefois les lourds nuages noirs qui l’eclipsent de nouveau… Et nous de nous eclipser pour filer vers le monastere de Lamayuru, l’un des plus celebres du Ladakh.
Phrases en vrac
21 juillet 2009
- Si on se leve a 8 heures, la journee sera deux fois plus longue (Thomas).
- Aspirant chanoine, c’est a cette heure-ci que vous vous levez ? – Ben on se leve deja a 9 heures quand on bosse, on va pas se lever plus tot ici.
- La liberte c’est quand on a la reconnaissance de ses pairs, l’indifference de ses voisins et la fidelite de ses amis (Vincent).
- Vous avez deja conduit un deux-roues ? – Oui, “but not the same model” ! (Thomas en toute bonne foi).
- Have a good summer and a good life. But don’t forget that Buddha is watching you (Yves a un vendeur surement de bonne foi).
- Ce soir quand tu seras chez toi, reflechis a ce qui vient de se passer et tu verras qui de nous deux est le plus malhonnete. (Yves a un garcon de cafe qui voulait lui fourguer une coupe de fruit en douce).
to be continued…
Convies au festin
20 juillet 2009
Dansent les masques,
Une machette est brandie,
Les pas s’accelerent,
Ils suivent le rythme des prieres,
Le monastere de Phyang fete.
Les lamas recoivent leur repas de midi,
Du chapati, quelques legumes, des pommes de terre,
Je me retourne, Yves me fait signe,
Viens vers moi, me dit sa main,
J’approche, un moine partage son mets.
Il tend une grosse part de galette,
Et presque toute sa ration de legumes,
Je deguste, c’est froid mais gouteux,
Je ne veux pas le priver de son couvert,
Ses yeux pourtant m’incitent a manger,
Encore, et encore.
Il convie d’autres visiteurs,
Leur tend une part de festin,
“Germany?”, demande-t-il,
“No, Switzerland”,
“Oh, Switzerland”, s’exclame-t-il,
“Canada”, rencherit une autre invitee,
Mais il n’y a plus de frontieres ici,
Juste des regards, des sourires,
Des pensees, des gestes,
Une serenite, une paix, un bonheur absolus.
Quelques mots suffisent a se comprendre,
Il ne parle pas tres bien anglais,
Nous sommes sur le depart,
“Spitok monastery”, nous dit le moine,
C’est une invitation,
Promis, nous te rendrons visite.
Zugzwang
19 juillet 2009
En des temps recules le roi du Ladakh a declare la guerre a son homologue nepalais. En quelques mois il perd tout espoir de victoire et demande aide au roi du Cachemire.
“Tu veux regner a nouveau sur ton territoire. Certes, mais je t’accorde mon aide a deux conditions : acceptes mes marchands de pachmina chez toi et construis une mosquee au centre de Leh” !
Ainsi, de l’aube au crepuscule, on entend les prieres du muezzine et les cris des vendeurs cachemiri infiltres.
Jusqu’a quand allons-nous envahir ou defendre des territoires inventes a la craie ?
Novice
19 juillet 2009
Il va chercher les cles,
Il est le cerbere,
Tout au moins pour cette fois-ci,
Il ouvre la porte,
En un geste presque solennel,
Puis libere un second seuil,
Il allume la lumiere,
Elle est faible,
La grotte demeure dans les tenebres,
Une flamme luit pourtant,
Elle baigne dans une cire rougoyeante,
Le regard s’y perd, s’y brule,
Il fait frais,
Et si c’etait l’humidite qui embrasait ces lieux?
Padmasambhava veille,
Il fixe le visiteur de ses yeux exorbites,
A la roche sont fixes des billets,
Autant de dons offerts a Buddha,
C’est la magie de la cire qui les arrime.
Il est toujours la, derriere, il observe,
Il approche, “No pictures” dit-il,
L’objectif n’est pas autorise a immortaliser,
Seule la presence humaine permet d’admirer,
Il suit l’hote lorsqu’il quitte les lieux,
Il referme la porte,
Il parle peu,
Il ne lache qu’un maigre sourire au moment du depart,
Depuis quand medite-t-il, si loin dans cette vallee,
Me portera-t-il dans ses prieres?
Quel age a-t-il? 11 ans, 12 ans, peut-etre 13 ans?
Il le sait deja,
Il sera moine.