La cariole

28 juin 2009

Le Krak des Chevaliers, mythique château érigé au temps des Croisades, apparaît incontournable pour un visiteur en Syrie. Son inconvénient – qui n’en est pas franchement un: il est éloigné des principaux centres urbains que sont Damas ou Alep.

Alors qu’Andrew et Paula devaient rejoindre Tripoli et moi Damas, nous avons convenu qu’une halte y serait appropriée. Elle en valait la peine : le lieu est à la hauteur de sa réputation. Cela dit je suis bien mauvais guide. Les sites internet autorisés vous en apprendront davantage sur lui que tous les commentaires peu pertinents que je pourrais bien lâcher ici. Les photos parleront aussi d’elles-mêmes.

En revanche, aucun cliché ne pourrait traduire mon remarquable retour du Krak vers la « ville liaison » de Homs.

En règle générale, des minibus assurent ce trajet de trois quarts d’heure environ. En l’occurrence toutefois, quelqu’un nous assure que ce service n’est que partiellement assuré : nous sommes vendredi, c’est le jour saint. Il nous propose de jouer l’intermédiaire pour un taxi. 1000 livres syriennes, dit-il. 1000 livres syriennes. Cela équivaut à 20 dollars, me direz-vous, ce qui n’est pas énorme pour un trajet de trois quarts d’heure. Mais ici, c’est une grosse somme. J’accepte néanmoins. Il faut bien que je me coltine ce trajet.

Ainsi le taxi arrive-t-il. Le « taxi » ? Une cariole tout droit sortie d’un de ces vieux films américains. Il y a de la magie en elle, néanmoins on a l’impression qu’à chaque virage elle risque de se déglinguer. Le chauffeur ne parle pratiquement pas anglais, mais la confiance demeure totale.

Sur l’autoroute, nous nous calons bien sur la droite. Même les poids lourds nous dépassent. Nous roulons sur la voie pour véhicules lents. Et les véhicules lents nous doublent. J’aimerais bien savoir à quelle vitesse nous avançons. Le désir n’est pas rassasié : le compteur ne fonctionne pas, son aiguille reste désespérément scotchée au-dessous du 20 kilomètres à l’heure. D’ailleurs, la pendule et le reste du tableau de bord ne fonctionnent pas davantage.

Mon chauffeur sort un flacon de parfum de la boîte à gants, il s’en asperge, m’en propose. C’est qu’on va arriver en ville. Puis il fige la cariole sur le bas côté. Il me montre clairement qu’il va mettre sa ceinture. « Police, police », dit-il. Il veut prévenir le contrôle fatal. Paradoxal quand même le compteur de vitesse ne fonctionne pas.

Le trajet reste agréable. Au volant, il klaxonne sans arrêt, salue les rares véhicules qu’il parvient à dépasser – avant de lui-même se faire dépasser par ces mêmes rares véhicules.

À Homs, je suis lâché à la station des bus mais ne suis pas livré à moi-même. Le chauffeur m’emmène au comptoir où il m’aide à prendre mon billet avant de me saluer chaleureusement, bises à l’appui. Ah, le ticket du bus Homs-Damas, deux heures de trajet, vaut 100 livres syriennes. C’est dix fois moins que le prix de mon vieux taxi. Mais je me dis que le voyage à travers le temps en valait bien la chandelle.

Une réponse vers “La cariole”

  1. Etienne a dit

    Vivement les photos…. Reste prudent !

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