À mon poteau

29 septembre 2009

Il me dit qu’il est assis là,
Dans un café proche de la mosquée,
Dans le café proche de la mosquée,
Bien sûr, il y en a plusieurs, de cafés,
Mais lui dit qu’il est dans “le” café,
Parce qu’il sait que je le comprendrai,

Et je le comprends,
Je me vois tourner à l’angle,
Prendre à gauche, puis à droite,
Descendre les marches, c’est encore à droite,
Il y a beaucoup de tables à l’extérieur,
D’où on observe le défilé des gens,

Quelques-unes à l’intérieur aussi,
Mais je n’y suis jamais entré,
Je m’assieds sur l’une de ces chaises,
Elles sont accolées au mur, on peut s’appuyer,
Elles sont toutes alignées, on sent chaque voisin proche,

J’entends encore le muezzin,
Je sens le goût du thé à la menthe fraîche,
Celui de la chicha, aux deux pommes, toujours,

Il me dit que son professeur est en retard,
J’entends les klaxons, je revis la nervosité,
Ce vacarme inexistant ici,
Ce vacarme signe de vie,
Oui, c’est vrai, sûrement lassant à la longue,

Je revois ces minibus où femmes et hommes s’entassent,
Où et d’où l’on saute à la va-vite,
Je revois leurs écriteaux,
Ces écritaux illisibles,
Ici, c’est numéro 1, Marly-Gérine,
Là-bas, point de salut sans langue arabe,

Pourtant, nous respirons le même air,
C’est la même planète, presque un même continent,
Je revois les croyants, debout avant l’aube,
Trois heures du matin, ils s’en allaient prier,
Tandis que nous allions nous coucher,
Vaguement avinés,
Ont-ils prié pour nous,
Infidèles pécheurs perdus dans la nuit?

Je revois Bab Touma, son arc,
Ses filles découvertes, une petite part d’Occident,
Je revois ce quartier chrétien,
Ses ruelles emplies de poésie,

Je revois Mario, maître des chichas,
Et ce Moustapha au coeur d’or,
Je sens encore l’odeur des épices,
J’entends le tintamarre du souk,
Et le sourire d’un peuple.

Il est reparti, il dit qu’il ne sait pas vraiment pourquoi,
Moi, je comprends pourquoi,
Et je sais qu’il a raison,
Et je sais où il va,
Et je sais pourquoi il fait ça.

Riches

27 août 2009

On en est revenus, plus riches qu’avant. On y a capté des sourires divins, j’espère en avoir donné quelques-uns aussi. On y a découvert des trésors, de nombreux trésors. On y a contemplé de majestueux paysages. On y a rencontré des personnalités hautes en couleurs. On s’est enthousiasmé. On s’est arrêté, le temps s’est arrêté, on a tenté de le prendre. On a oublié l’Occident, un peu. On a prié, sans doute, on a en tout cas pensé aux nôtres, on a médité, ou au moins réfléchi sur soi, sur le monde, est-il seulement sérieux? On a côtoyé la pauvreté, on a côtoyé la richesse. On aurait tant de choses à en dire encore. Il faudra qu’on continue à prendre le temps pour le faire. Même si on en est revenus. Plus riches qu’avant, oui. C’est sûr.

Londres

12 août 2009

L’independance celebree le 15 aout 1947 n’a pas exempte l’Inde de quelque heritage britannique.

Il s’appelle Amir, il a 19 ans. Je l’ai rencontre a la magnifique Jama Masjid. Il est musulman, il etudiera bientot a l’Universite. Il me fait lire a haute voix un discours qu’il a prepare pour un concours. Ses mots font l’eloge de l’islam. Il dit que si l’opportunite se presente, il fera ses valises et partira a l’etranger.

On parle de tout, de rien, du temps, de la chaleur, de la mousson, de la Suisse. On parle de Bombay. “Une des plus grandes villes du monde”, je lui lance. “Non, non, me dit-il, comme tu dois tres bien le savoir, la plus grande ville du monde, c’est Londres.” Hum, je souris. C’est la qu’Amir veut etudier.

Une petite piqure de rappel?
http://www.citymayors.com/statistics/largest-cities-population-125.html

Fiance

10 août 2009

Il est Cachemiri, il se mariera cet ete – une union arrangee. Il en parle sans se derober. A l’epoque, les epoux se decouvraient physiquement au jour des noces, rappelle-t-il. Les temps changent. Il a pu rencontrer sa fiancee deux fois. La premiere, a peine le temps de partager un regard. La deuxieme, ils se sont beaucoup parles, assure-t-il. “Pendant trois ou quatre heures, on a discute de plein de sujets pour voir ce qui nous rapprochait”, explique-t-il. C’etait dans un jardin, ils se sont un peu balades, aussi. Ils n’etaient pas seuls. Les regards de leurs deux familles scrutaient leurs mouvements. Ils ne se sont pas touches. Cette fois-la, il a dit oui. Il a promis. “Je suis engage”, sourit-il. Quelques semaines plus tot, ses parents l’avaient appele. Ils avaient un message: “On t’a trouve une femme!” Il a quitte la boutique de Leh pour rejoindre Srinagar, ou la rencontre etait programmee. Il en est revenu fiance. “Elle est chouette”, dit-il. Encore heureux. “J’avais le choix”, ajoute-t-il. “Le choix de se tirer une balle”, ajoute un observateur europeen etabli dans la region depuis belle lurette. Il parait que les temps changent.

La vache !

8 août 2009

Sacree, on la trouve partout. Sur le bas cote d’une route, au beau milieu d’une voie de chemin de fer. Elle debarasse les rues de toute ordure organique, elle produit du lait, du beurre et on s’habille de cuir. Mais, si la secheresse dans le sud de l’Inde affame le pays, le seul endroit ou on ne la trouve desperement pas c’est entre le bol de riz et la salade !

ps. Exception faite d’un restaurant occidental de New Delhi.

Ils les font venir d’ou ces steaks ? Est-ce que le tourisme corrompt tout ?

I have a dream

8 août 2009

“Pas aux blancs”, “qu’aux indiens”, “pas aux touristes”… Difficile de trouver un hotel dans ce Old Delhi aux couleurs musulmanes. Le regard se detourne, une vitre se baisse, ne pas se sentir le bienvenu est un euphemisme. Me sont alors revenus en memoire ces sieges de bus “interdits aux noirs” dans le nord de Johannesburg, j’ai mieux saisi les cours d’histoire sur l’apartheid. Mais ce matin, apres la priere, quand j’ai lance au chauffeur de taxi un “Salaam alaykoum”, il s’est empresse de m’offrir un the.

Combien de temps encore l’habit fera le moine ?

Misere, misere

8 août 2009

Je dors sous une couverture tibetaine, legere et multicolore. Dans une chambre climatisee a souhait. Alors qu’au pied de mon hotel a mille roupees, a meme le sol, reposent deux gosses a moitie nus dont le mere se debat entre la vie et la folie. Son mari la ventilant grace a un vieux journal.

Est-ce que ce monde est serieux ?

Ville fantome

4 août 2009

Le 1er aout, 15 heures. Il est un veritable defi de trouver ame qui vive a Leh, ville fantome. Les stores metalliques des commerces n’ont pas clinque pour s’ouvrir au matin. Les Ladakhis celebrent-ils eux aussi une minuscule nation neutre situee a des milliers de kilometres de la, au coeur de l’Europe?

Quelques chiens errent dans les rues, comme aux plus profondes heures de la nuit. La greve a paralyse toute autre activite humaine – ou presque. La greve? “C’est un sport national ici, se marre un Europeen etabli depuis plusieurs annees dans la region. Si une Bouddhiste se marie avec un Musulman, ils vont faire greve. Ca arrive plusieurs fois par annee.”

En l’occurrence, le motif de la relache ne prete guere a sourire. Il s’agit d’un meurtre. “Un chauffeur de taxi a ete tue par balle il y a deux jours par deux Cachemiris, explique un commercant, lui-meme Cachemiri. C’est pour cette raison que rien n’est ouvert.”

Mais quel interet les negociants ont-ils a se priver d’un jour de travail au plus fort de la haute saison? “Le but est de mettre la pression sur les autorites du Jammu et Cachemire pour qu’elles retrouvent les coupables”, nous dit-on. Le lien demeure difficile a cerner.

Lorsque la totalite des affaires se font entre juin et septembre, il apparait prejudiciable de s’en priver. D’autant plus qu’il ne s’agit pas d’un reel elan de solidarite collective. “En fait, c’est une association qui impose la greve, explique le surveillant d’un café internet. Ceux qui ne la respectent pas sont mis a l’amende. Mais a 17 heures, tout sera a nouveau ouvert.”

Et en attendant, quid pour faire avancer les choses? “J’ai entendu que pas mal de gens s’etaient reunis pour discuter, pour debattre”, raconte une expatriee.  Quelques tensions historiques existent entre le Ladakh et le Cachemire.

Bien que cette sombre histoire d’assassinat crapuleux n’ait apparemment pas de justification politique, elle alimente toutes les conversations. Le crime a eu lieu entre Kargil et Lamayuru, sur la route qui mene de Srinagar (au Cachemire) a Leh (au Ladakh).

Le taxi transportait deux Cachemiris et deux autres touristes qui, derobes mais epargnes, ont rapporte les faits a la police. La famille du chauffeur, qui devait se marier cet ete, etait sans nouvelles de lui depuis plusieurs jours. Sale tour du destin.

Qui va moto va sano

1 août 2009

A defaut d’avoir vide de ses visceres un poulet vivant, les jambes lourdes, des fourmillements aux doigts, les levres endormies, la tete qui eclate… La montagne reclame toujours son du. Mais la vue au sommet du plus haut col motorise du monde (5′600m.) en vaut le detour. La route, ouverte que pour nous a cause d’une greve des chauffeurs de taxi, n’a ete que ruban de soie et de pur bonheur.

Elle nous autorise meme a penser que l’obtention du permis, une fois en Suisse, ne sera que simple formalite.

Inities

1 août 2009

La route s’eleve, de terre et de pierres

et non plus d’asphalte lisse

Les enfants levent les bras en guise de salut

et non plus des mains demandeuses

Les moines nous accueillent avec du the

et non plus avec des droits d’entree

Merci Vincent pour la revelation de ce monastere vierge et inconnu de toute carte