Pris dans une spirale sans fin, il nous faut travailler. Toujours plus, toujours plus vite, a la maison comme au bout du monde, pour assouvir les envies que la société de consommation crée, pour rembourser nos dettes et pour boucler les fins de mois. Mais si le travail nous accapare autant c’est en premier lieu pour remplir un vide, pour tromper une angoisse, celle qui nous sépare de la mort. Et plus cette peur est irrationnelle, plus la sublimation dans le travail est forte.

Pourtant vingt pourcent de la population suffirait à maintenir l’activité de l’économie mondiale. Si les robots et l’ordinateur peuvent faire pratiquement tout ce que l’etre humain fait, alors quelle va etre la future societe humaine, que va devenir l’homme en tant qu’entite sociale ?

Alors à quand un temps de travail plus équitablement réparti, moins d’heures harassantes, à quand un véritable eloge a la paresse ? Le travail s’il nous sert, nous abrutit souvent, au point de favoriser les classes aisées, de détruire notre planète et de passer à côté des choses simples et belles de la vie.

Cessons cette déification insensée et mettons-nous au plus vite à penser et à jouer.

Reponse a Thomas

9 juillet 2009

Vous souvenez-vous, monsieur, de la guerre de Cent ans ? De 1337 a 1453. Cent seize ans en fait, de conflits entrecoupes entre deux Royaumes. Capetiens d’un cote, Plantagenets de l’autre, luttant pour le controle d’un petit bout de territoire dans l’ouest de la France. Cela ne vous rappelle rien ? Des 1909 des immigrants juifs en Palestine s’organisent pour assurer la securite de leur propriete contre les arabes. Cent ans deja.

Est-ce que vous avez deja essaye d’expliquer a des enfants ou a des adolescents pourquoi Israeliens et Palestiniens s’affrontent ? C’est impossible sans un long cours d’histoire, si l’on veut bien dépasser les cliches « colons » contre « terroristes », « les bons» contre « les mechants ».

Au minimum, il faut remonter à 1948. Mais comment comprendre ce qui s’est passe alors, pourquoi les Nations Unies offrent par vote un territoire aux Juifs sans rappeler la Shoah, les persecutions ordonnees par les Nazis, six millions de morts.

Il faudrait aussi parler du protectorat des Britanniques, de ces Europeens d’apres guerre presses de regler le probleme juif et qui font si peu de cas des habitants de Palestine, de ce mepris du Vieux Continent, pas encore debarrasse de son ideologie colonialiste, pour les Arabes.

Et, il serait naif de ne pas mentionner que l’interet des Occidentaux pour la region doit beaucoup aux ressources petrolieres.

Comment ne pas rappeler le role des Palestiniens. Spolies de leurs terres certes, mais refusant en 1947, comme en 1948, en 1967 ou encore en 2000 d’accepter la partition, de signer la paix. Et se faisant connaitre par des actes terroristes barbares.

Pour la cinquieme fois depuis 1948, l’armee israelienne est entree dans Gaza. Elle veut mettre fin aux tirs de roquette qui visent son territoire. Combien de jours, ce nettoyage des implantations de lancement, situees en pleine ville va-t-il se poursuivre ? Et combien de temps pour que la paix soit signee et permette aux Israeliens et aux Palestiniens de vivre  cote a cote sans haine ?

La nouvelle guerre de cent ans doit un jour trouver une fin. Elle ne doit pas etre consideree comme une insurpassable fatalite.

La guerre de cent ans est a la page 447 de mon manuel d’histoire, celle du Proche Orient va se tourner bientot.

El Rawda

9 juillet 2009

Voyager n’est pas guerir son ame,
Le sage Seneque l’avait ecrit,
Sa parole eclaircissait nos cours de latin,
Je m’en souviens comme si c’etait avant-hier,
Ma version a peut-etre change desormais,
Coucher de soleil sur Beyrouth,
Les pecheurs dansent sur les rochers,
Habiles, ils valsent, leurs cannes se tordent,
Je mords a leur hamecon, a ce paysage,
Qui sublime s’etend a perte de vue derriere eux,
Le crepuscule frappe, il embellit la pierre,
Il adoucit ses contours escarpes,
L’onde de la mer frappe leurs jambes,
Impassibles, ils traquent la bete fuyante,
Un ballon suffit au bonheur de quelques enfants,
Une petite fille  applaudit son propre exploit,
Elle vient d’escalader dix marches,
L’eau prend feu, bientot croquee,
Mais n’est-ce pas elle qui engloutira les flammes?
Un jus de pomme desaltere,
Sa fraicheur emerveille le palais,
Les familles se donnent rendez-vous ici,
Qu’il est loin, le brouhaha nocturne,
Gemmayzeh se tait au moins jusqu’a ce soir,
Je ne suis pas l’un d’entre eux,
Mais je les regarde, curieux,
Mon regard les interroge,
Qu’il est important d’etre etranger,
Et si voyager guerissait un peu l’ame?

Rejouissances

9 juillet 2009

L’Orient-Le Jour, quotidien libanais francophone, regorge de bonnes feuilles. Aujourd’hui, en Une, un billet intitule “Impression” et titre du simple mot “Rejouissances” m’a paru particulierement reussi.

La journaliste Fifi Abou Dib se souvient ainsi des tirs entendus le 12 juillet 2006, alors qu’elle garait simplement sa voiture devant son bureau. “Rejouissance? deux soldats israeliens qui s’etaient aventures a l’interieur du ruban ont ete captures par le Hezbollah. A l’interieur, trop pres, pas assez loin, a portee de vue, a portee de main, expres, par hasard, ce ne sont plus aujourd’hui que nuances vaines. (…) Un petit pont, au Sud, venait d’etre bombarde. (…) Dans la journee, d’autres petits ponts ont suivi, et le soir, l’aeroport, une tradition depuis 1969. (…) La guerre cloue le temps, l’angoisse le rend poisseux. (…) Apres, le temps s’accelere. Trois ans ont passe. C’etait hier. On a colmate, on a reconstruit, rempli les decharges de beton gangrene, de tiges de fer tordues comme des mains de damnes, de vetements cardes contre les eboulis, de jouets ecrases, dans l’ecroulement des pierres.
On n’a plus retrouve les enfants. Ni vivants ni morts. Les morts, on les a promus martyrs et livres a la terre. Les vivants etaient deja grands.
Israel s’est retire, nous laissant entre ennemis intimes. On a dit “plus jamais”, mais il n’y avait plus qu’a parier sur la date. On s’est rentre dedans. Cela commence par des tirs de rejouissance, et les rejouissances n’en finissent plus. On a la guerre jouissive. Faut-il croire.”

Je dis trop souvent que ce coin de planete est voue au conflit eternel. Yves n’est pas d’accord avec moi. Pourvu que le temps lui donne raison. ;-)

La chronique de Fifi Abou Dib en entier ici: http://www.lorientlejour.com/editoriaux/editorial.php?id=8.

Beyrouth a tue-tete

9 juillet 2009

Que la voiture soit noire ou blanche, fauteuils de cuir rapieces ou en velours precieux, que l’interieur sente le hummous rance ou le jasmin artificiel, vieille Peugeot ou caisse-a-papa clinquante, elles en possedent toutes un. Plus ou moins grand, plus ou moins petit. Sur le cote ou sur le volant, a double echappement ou a simple bourdon. Fils d emigres, d’empereur ou de juif infiltre, tous palpent la chose avec frenesie, avec complusion. Des aurores aux aurores, d’est en ouest, du nord au sud, comme s’il en allait de leur vie, le libanais klaxonne. Remplacer les cris que poussaient les hommes des cavernes pour effrayer le mammouth ou pour se rassurer dans la nuit noire. Le klaxon est un sport national. “T’as klaxonne combien de fois aujourd’hui ?”. Le klaxon. Comme si ca allait changer quelque chose. Exutoire d’un temperament de feu et de sang.

Beyrouth ? Tu pars a Beyrouth ? Tu en as marre de la vie ?

Qui entend parler de cette ville pense guerre civile, opposant chretiens et musulmans.

Mais il ne faut pas se tromper, il nous appartient de detruire ce mythe. Certains libanais sont clairement pro-palestiniens, d autres preferent le joug occidental. Ce qui est interprete comme un affrontement religieux n est en fait que le resultat d une rupture politique. Les enjeux de cette guerre libano-libanaise outrepassent de loin les frontieres de ce pays.

Israel, en affirmant son soutien aux phalangistes chretiens trouve pretexte pour justifier son ingerence sur territoire libanais. L OLP installe ses bases dans le sud et l Irak fournit des armes a la milice chiite anti-syrienne, l Iran finance le hezbollah, la Syrie se compromet avec le Amal.

Alors que les milices libanaises combattaient, instrumentalises par des puissances etrangeres, l opinion publique se forgeait l idee d une violence innee dans les rapports sous le signe de la Croix et du Croissant.

Le chauffeur de taxi nous l a bien dit : ‘Laisse ta Bible ou ton Coran dans ton coeur”. On ne meurt pas pour un dieu mais pour des interets.

Yves

Enrober l’ensemble du Moyen-Orient dans un seul emballage, l’epingler de quelques jugements hasardeux et autres cliches: j’ai l’impression que telle est la solution de facilite lorsqu’il s’agit de penser a ce coin survolte du monde. Pourtant, une visite de la Syrie, de la Jordanie puis du Liban suffit a gommer de tels prejuges.

Quel fosse entre Damas, profondement traditionnaliste, Amman, profondement occidentale, Petra, profondement mystique, ou Beyrouth, curieux alliage, a la fois profondement snob et profondement simple.

S’y cotoient modestes marchands de legumes et arrogants pensionnaires de la haute bourgeoisie. L’apres-midi, on y achete un tas de legumes pour 2000 livres (1 franc 40) dans le quartier musulman. Le soir, on debourse entre 6 et 9 dollars pour une biere a Gemmayzeh, la ou les bars ont ete soigneusement alignes. Les Porsche et les Ferrari defilent, les robes de soiree brillent, les decibels assourdissent.

Pas si loin, quelques batiments affichent encore les stigmates de la guerre civile. Beyrouth ne s’en est pas encore completement relevee. Sa jeunesse veut encore trop souvent la fuir. Elle demeure pourtant fascinante. Il faut sans doute du temps pour l’apprivoiser. Pourra-t-on le prendre un jour?

Beyrouth

8 juillet 2009

Beyrout se meurt petit a petit. Elle se dissoud dans le souvenir, celui de la guerre civile et sous le joug trop longtemps subi du voisin syrien; elle disparait sous les promesses de l oncle sam, promesses d un avenir serein. La jeunesse doree des bars de luxe tente de fuir le pays et si elle ne peut le faire, s enferme alors dans des tours d ivoire. S eclater dans une friquee citadelle plutot que de s amputer le pied sur une mine anti-personnelle. Ne pas subir la vie des leurs parents, se replier sur soi, au risque d etre touche et d imploser. La ville ecrase les extremes de tout son poids. L ancien combattant nous relate les tirs de mortier, la marchande de legumes nous rend au centuple notre sourire. Hier, nous demandons notre route a deux femmes dont le voile laisse apparaitre un visage d ange. A peine notre demande faite qu un troupeau de males s approche et nous accoste : “what do you want’ ? Oh rien mon frere, nous ne voulions pas violer le cerveau de ta soeur avec des discours libertins. Ne t en fais pas, retourne t asseoir tu as rempli ton role. Protection ou privation de liberte ? Ecarteles entre terre et ciel nous partons d ici mitiges mais heureux. L inde nous attend.

Yves

Effluves de nargileh

8 juillet 2009

Effluves de nargileh,
La fumee penetre les corps,
Elle embaume, elle trouble,
Bientot le muezzin appellera a la priere,
Allah est le plus grand,
Je l entendrai, je l ecouterai,
Je ne le comprendrai pas,
Je continuerai a fumer,
Autour de moi eux aussi continueront a fumer.

Voilees ou devoilees, elles seduisent,
Couvertes ou decouvertes, elles s avancent,
Masquees ou demasquees, elles vivent,
Regardez-les, vous baisserez les yeux,
Genes, effaces par leur beaute,
La fumee penetre leurs corps,
Elle embaume, elle trouble,
Jambes croisees, elles aussi continueront a fumer,
Elles comprendront,
Maquillees ou demaquillees, elles sourient.

Cachez la plante de vos pieds,
Cachez ces semelles, symboles d impuretes,
Tandis que rougissent les braises,
Et enfantent les effluves de nargileh,
De l eau, du the, buvez, buvez,
Sucrez votre the, lisez le marc du cafe,
Le temps livrera ses secrets,
Le soleil brulera les paupieres,
La soie habillera les plus belles,
Je tousse, la fumee penetre mon corps.

J attends l amitie,
Elles me redonnent foi en l amour,
Prenez moi, regardez moi, devisagez moi,
Leur regard sombre penetre mon corps,
A quoi puis je bien ressembler,
Que vaut mon oeil bleu?
Il ne peut rivaliser.

De Damas a Beyrouth

6 juillet 2009

Mes bien chers,

Parfois, le monde virtuel echappe aux voyages.

Il y a tant de choses dont je dois vous parler.

Je n’en aurai pourtant guere le temps a l’instant.

Le trajet entre Damas et Beyrouth s’est passe en toute tranquillite, avec la rencontre insolite d’un… Vaudois habitant en Valais!

La capitale libanaise transcende les mondes.

Je pourrai vous en reparler.

Yves m’a rejoint ici, il aura l’occasion de vous ecrire.